L’engagisme à l’île Maurice : Comment vivre avec ce passé ?

L’île Maurice se trouve dans une situation sociale et politique assez inédite. La population qui pèse démographiquement et politiquement sur la vie de l’île est d’origine indienne.

Le peuplement indien est récent sur l’île qui a été hollandaise puis française avant de passer dans le giron britannique et de prendre finalement son destin en main.

L’île, sans autochtones à l’origine, a d’abord été peuplée par des Européens auxquels on a très vite adjoint les esclaves amenés de force d’Afrique et de Madagascar.

Des voyageurs (Chinois, Indiens déjà) ont commencé à s’y installer mais en restant en nombre minoritaire.

Ce n’est qu’au XIXe siècle (à partir de 1829), avec ce que l’on a appelé l’engagisme, que le peuplement indien de l’île a pris un tournant significatif. Or, après l’indépendance obtenue en 1968, ces mêmes Indiens, hier plus ou moins opprimés, sont désormais devenus les leaders du pays même si la majorité des terres appartient encore aux grandes familles d’origine européenne. C’est un renversement des pouvoirs qui s’est déroulé dans un laps de temps finalement très court.

Dès qu’on reste un peu sur place, qu’on fait connaissance avec les uns, avec les autres, on sent bien la fragilité polie de cet équilibre, on devine les froissements, les frottements, les zones de contact qu’il ne vaut mieux pas titiller. Qu’en est-il des mariages inter-ethniques par exemple ? Ils sont encore bien rares.

Oui, que font les Mauriciens de leur histoire ? De leur héritage ? Il s’agit de nous interroger avec eux sur la façon de vivre ensemble dans un contexte socio-culturel aussi fort que le leur.

 

Pendant son séjour, Christophe Botti a été à leur rencontre. Il a questionné les Mauriciens – en particulier la jeune génération – sur ce qu’ils connaissaient de leur histoire familiale et de l’histoire de leur île. Ils ne savent pas grand-chose. Pourquoi ?

Peut-on vivre en ignorant ses blessures ? Comment se réapproprier son héritage (matériel et symbolique) ? C’est à ces questions que sont confrontés les personnages de cette pièce.

 

« Sous la varangue » n’a pas pour but de donner des leçons aux Mauriciens, non ! C’est une pièce écrite avec amour pour cette île et ses habitants. Christophe Botti leur témoigne le profond respect qu’ils méritent. Respecter l’autre, c’est apprendre à l’aimer tel qu’il est et non tel qu’on voudrait nous faire croire qu’il est.

 

Nous espérons donc offrir avec cette création un autre regard aux Mauriciens sur leur passé et, par là-même, éclairer un pan oublié de l’Histoire de France.

Cette histoire mauricienne résonne avec le passé français à la Réunion, en Guadeloupe, en Martinique. Sur ces îles aussi, les Indiens furent nombreux à venir s’engager. Qui le sait ?

Nous souhaitons apporter notre contribution à ce devoir de mémoire.