UN DODO VÉGÉTAL !

(cet article est la suite de Une pépinière de plantes endémiques disparues ou en voie d’extinction sur l’île Maurice)

Cylindrocline laurencei - Conservatoire botanique national de Brest

Guidés par Stéphane Buord, Directeur scientifique des actions internationales, les frères Botti partent en direction de la pépinière de plantes disparues ou en danger du Conservatoire botanique national de Brest (CBNB) !
Ces serres sont – n’hésitons pas à être un peu emphatiques – une véritable arche de Noé végétale !

Observer en France une aussi large grande variété de plantes endémiques de l'île Maurice, de plantes qui ont sans doute fait partie de l'écosystème dans lequel vivaient les dodos, c'est passionnant pour nous !

Parmi les raretés en provenance de l’île Maurice, commençons par Cylindrocline lorencei, un véritable « dodo végétal » selon notre guide. On aurait aimé que l’histoire du sauvetage de cette fleur se produise pour le célèbre oiseau mauricien. Endémique de Maurice, on voyait encore quelques plants de Cylindrocline lorencei à Plaine Champagne dans les années 70-80. Elle fut déclarée éteinte en culture et en nature en 1990. Seules subsistaient de cette plante quelques graines recueillies en 1982 par Jean-Yves Lesouëf (le créateur du Conservatoire). Ces graines ne pouvaient plus germer naturellement. Un programme de culture in vitro fut donc tenté au début des années 2000. Grâce aux biotechnologies, des plants de Cylindroline lorencei ont été obtenus puis multipliés par micropopagation in vitro à partir de 2008.

En décembre 2011, le CBNB s’est associé au gouvernement mauricien pour envoyer à l’île Maurice une soixantaine de plantes en vue de leur réintroduction.

Dombeya mauritania - Conservatoire de Brest

Cylindroline lorencei n’était pas la seule plante mauricienne à bénéficier de ce programme innovant et ambitieux.
Des représentants de Cylindrocline commersonii, Hibiscus fragilis, Hibiscus liliiflorus, Dombeya acutangula subsp rosea, Dombeya mauritiana et Gastonia rodrigesiana firent également partie de ce premier voyage.

Au CBNB, nous avons pu visiter une deuxième serre, interdite au public celle-ci. C’est la serre des pieds-mères où les plantes sont multipliées et font l’objet de soins attentifs pour les préparer au voyage. Le transport de plantes vers Maurice est en effet très réglementé afin d’éviter de nouvelles introductions de plantes invasives !

Crinum Mauritianum - Conservatoire de Brest

Autre plante que l’on peut admirer dans les serres : Crinum mauritianum. Crinum mauritianum souligne bien l’importance de préserver la biodiversité dans des lieux tels que le Conservatoire : on tire de cette plante un alcaloïde que la recherche tente actuellement d’appliquer à la lutte contre la leucémie infantile. Pour les Parisiens, il est possible d’admirer un exemplaire de cette plante dans les serres d’Auteuil.

Nesocodon mauritianus est un représentant endémique de Maurice de la famille des campanules. Elle est en grand danger dans la nature de par son aire de répartition très limitée (une population vit sur les parois de la Cascade 500 pieds). Elle est menacée par un barrage mais aussi par certaines plantes introduites sur l’île. Ses belles fleurs violettes produisent un nectar rouge dont se nourrissent notamment les geckos.

Nesocodon Mauritianus - Conservatoire botanique national de Brest


Trochetia boutoniana - photo de Christophe Botti

Nous ne pouvons évoquer la flore endémique de l'île Maurice sans parler de Trochetia boutoniana. Il s'agit d'un petit arbuste rarissime dans la nature où il pousse surtout sur le Morne. Les singes macaques introduits par l’homme s’attaquent en effet à ses jeunes boutons et à ses fruits, empêchant ses populations de se régénérer. Ses très belles fleurs rouges en ont fait l'emblème florale de l’île Maurice. Les locaux les appellent aussi du joli nom de "boucles d'oreilles" !

Lors de notre passage au CBNB, l'arbuste n'avait pas encore fleuri. Mais le voici dans son environnement naturel, pris en photo par Christophe lors d'un précédent voyage à Maurice.

Il y aurait bien d’autres plantes à mettre en vedette ! Et pas seulement les mauriciennes : l’Hua Kua (Hibiscadelphus giffaridianus) originaire de Hawaï avec ces étranges fleurs recourbées (espèce éteinte dans la nature), des spécimens étonnants en provenance de Madagascar, de Madère, des îles Norfolk, du Chili, des îles Canaries sont aussi représentés. Mais arrêtons là cette énumération "à la Jules Verne" en vous incitant à vous rendre au Conservatoire botanique national à l’occasion de vacances ou d’un voyage dans la région…

Toutes les photos ont été prises le lundi 24 avril 2014 lors de la visite, à l'exception du cliché de Trochetia boutoniana.

 BIBLIOGRAPHIE
- Livret pédagogique édité par le Conservatoire : « découverte des serres », 2009
- Revue « Le Courrier de la Nature », N°267, mars-avril 2012

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