tête du dodo du Muséum de Lille

Mardi 6 mai, 7h14 : notre TGV quitte la Gare du Nord.
Rendez-vous a été pris de longue date à 9 heures avec Judith Pargamin, la directrice du Muséum d’histoire naturelle de Lille. Une vénérable institution que nous ne pourrons malheureusement pas visiter, le mardi étant son jour de fermeture et d’entretien.

Nous aurons tout de même la chance de traverser sa grande salle déserte pour aller photographier l’objet de notre voyage : une reconstitution de dodo réalisée à partir de plumes d’autruche. Après les plumes de poule (voir notre article  « Le dodo de l’île d’Aix ») et de dinde (voir notre article "Monsieur Berthodin et son dodo") c’est au tour de Struthio Camelus de servir de prête-plumes !!!

C’est grâce à notre blog qu’un collaborateur du Muséum d’histoire naturelle de Lille a eu vent de nos recherches et nous a parlé de leur propre reconstitution de dodo. Celle-ci est assez récente puisqu’elle a été exécutée par un taxidermiste du musée à l’occasion d’une exposition en 2000.

Le dodo y apparaît déjà un peu moins pataud que par le passé. Les études sur le poids réel du dodo ont débuté en 1993 avec Andrew Kitchener, conservateur du Royal Museum of Scotland d'Edimbourg et se poursuivent encore. Mais les chercheurs avaient déjà relevé des contradictions dans les témoignages qui nous sont parvenus. Selon les représentations des premiers marins qui débarquèrent sur l’île au XVIIe siècle, le dodo change en effet de proportions et devient tour à tour svelte ou gros. Des variations dues au talent des dessinateurs ou aux mœurs de l’oiseau ?

Le taxidermiste de Lille (son nom ne nous a pas été communiqué) s’est notamment appuyé sur les propositions de Fanny Cornuault. Dans le numéro 299 de « La Recherche », en juin 1997, la chercheuse émet l’hypothèse que le régime alimentaire du dronte aurait pu varier en fonction des saisons. L’oiseau se serait nourri de graines et de fruits une partie de l’année puis notamment d’œufs de tortues terrestres après la ponte de ces dernières dans le sol. Ce double régime expliquerait les variations de son poids et donc celles des observations retranscrites par les marins.

Le bec et les pattes solides du dronte seraient alors des adaptations lui permettant de fouiller le sol à la recherche de nourriture (coquillages, œufs de tortues). Ce régime rappelle celui du solitaire de la Réunion (apparenté récemment aux ibis) qui était un oiseau côtier. La présence du dodo principalement sur les côtes aurait d’ailleurs accéléré sa disparition… Ce régime alimentaire à base de mollusques et d’œufs de tortues pourrait avoir donné à sa chair le goût marqué qui valut au dronte son premier nom de walg-vogel (oiseau de dégoût) attribué par les Hollandais.

Reconstitution d'un dodo au Muséum d'Histoire naturelle de Lille

À Lille, les plumes d’autruche ont été choisies car l’autruche, comme le dodo, ne vole pas et possède de solides pattes. De plus, la couleur foncée des plumes d’autruche correspond à certaines descriptions du dodo. Ainsi Buffon note-t-il  dans son  "Histoire naturelle" : Les plumes du dronte sont en général fort douces, le gris est leur couleur dominante, mais plus foncé sur toute la partie supérieure et au bas des jambes, et plus clair sur l’estomac, le ventre et tout le dessous du corps; il y a du jaune et du blanc dans les plumes des ailes et dans celles de la queue, qui paraissent frisées, et sont en fort petit nombre. 

Dans un article à paraître, Thierry Vincent, Attaché de Conservation à la ville du Havre, cite le témoignage de François Cauche, un Français originaire de Rouen qui décrit en 1638 le dodo avec un duvet noir (voir la liste des sources en fin d'article). Mais, là encore, la littérature de voyage est souvent contradictoire !

Au Muséum de Lille, le dodo trône dans une vitrine dédiée aux animaux disparus, au côté d’un couple de Huia de Nouvelle-Zélande.

Son histoire permet à l’équipe du Muséum d’initier les enfants aux notions de biodiversité et de protection, notamment grâce à un atelier proposé depuis plusieurs années avec succès : « Dessine-moi un dodo ».

Photos de Christophe Botti, publiées avec l'accord du Muséum d'histoire naturelle de Lille. 
Christophe et Stéphane remercient l'équipe pour sa disponibilité.

VOIR LE SITE DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE DE LILLE

SOURCES :
- Fanny CORNUAULT - "Diététique et tour de taille du Dodo. L’oiseau disparu aurait eu un faible pour les œufs de tortues." La Recherche, n° 299, juin 1997 : 76-80. LIEN : http://www.larecherche.fr/savoirs/autre/dietetique-tour-taille-du-dodo-01-06-1997-88173

 - Thierry VINCENT - "LE DODO, oiseau Raphidé disparu de l’Île Maurice, OU LE SOLITAIRE oiseau Threskiornithidé disparu de l’Île de La Réunion, importés au Havre (Seine-Maritime – France) au cours du XVIIe siècle : MYTHE OU REALITE. ?"

 - Texte de BUFFON à lire en ligne sur « Le musée du dodo » d’Emmanuel RICHON, ICI

Sur le solitaire de la Réunion :

- Pierre Brial - Le Solitaire de la Réunion - First Editions 2012